« Intelligence artificielle et ChatGPT en Afrique : le chat qui peut cacher la forêt ? »

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« Intelligence artificielle et ChatGPT en Afrique : le chat qui peut cacher la forêt ? »

L’ère de la « 4e révolution industrielle souffle-t-elle en Afrique ?

Un exemple vaut mille mots : depuis quelques décennies, l’intelligence artificielle nous guide dans les avions, au volant de nos voitures et manierait elle-même un jour les commandes… Grâce aux modèles de Traitement Automatique du Langage (TAL), elle répond à nos questions et serait demain capable de panacher « empathie et précision ». Mais heureusement, sous ce réverbère d’innovation, elle détecte aussi déjà des maladies cancéreuses (mélanomes) et pourrait opérer demain. Autour de cette ère à la profusion de prouesses informatiques, le dessein est aussi de dire que l’IA n’a pas d’incarnation physique, donc difficile d’avoir un regard microscopique de ses avantages et risques. Sans doute, l’IA et ChatGPT représentent déjà une opportunité pour l’Afrique de franchir un promontoire technologique, économique, social et même culturel. Sous cette euphorie générale déconcertante, il est crucial de continuer à questionner, tout en innovant et en investissant dans ces technologies qui paient déjà les meilleurs intérêts de l’humanité.

De toute évidence, l’arrivée de ChatGPT d’OpenAI le 30 novembre 2022 a marqué davantage ce tournant existentiel dans certaines régions du monde, y compris en Afrique. En quelques jours, le programme a attiré plus d’un million d’utilisateurs, impressionnant par sa capacité à imiter le langage humain et à fournir des informations cohérentes, mais attention : il doit être bien interrogé ! Peut-être même n’a-t-on pas envie de savoir comment il fonctionne, mais force est de constater que ses spécificités gigantesques nécessitent, a minima, un niveau de prise de conscience des enjeux et des risques potentiels pour éviter que l’Afrique ne se réveille en 2030 avec « la gueule de bois ».

En Afrique, le secteur de la fintech en particulier, a vu une accélération du meta-learning (machine learning appliqué au machine learning) avec la pandémie de Covid-19, et l’a poussé vers une digitalisation accrue des services financiers. Les organisations de capital-risque ont également joué le rôle clé d’adjuvants dans cette transformation en investissant massivement dans de startups, avec certaines qui sont vites devenues des licornes comme DOCTOLIB, BLABLACAR ou MANOMANO en France, LYFT aux USA et DELIVEROO au Royaume-Uni. Notons toutefois qu’aucun pays africain ne figure dans cette liste paraissant in exhaustive, si l’on s’en tient au classement de Wikipédia. Certes, la course est lancée mais « l’effet tunnel » de l’Informatique ne nous est pas limité puisque les micromondes africains se dynamisent, essentiellement avec le recours d’algorithmes à base de règles (IA symbolique).

Cependant, cette mue technologique ne se limite pas à la finance. L’IA touche tous les secteurs, de la création d’avatars automatisés à l’analyse de risque, la détection de fraude, et l’amélioration de l’expérience client. Elle se greffe aussi aux processus traditionnels et brouille les frontières des entreprises financières ou des services publics.

Tout comme l’histoire de l’humanité depuis l’Antiquité, il serait naïf de nier la controverse mouvementée autour de l’IA. Au-delà de cette considération, il s’agit bien d’une transition d’un point établi vers un autre, qui est manifestement l’innovation. La guerre entre les « IA sceptiques », les « IA inertes » et les « IA hostiles » contre les « IA enthousiastes » n’est pas une chimère. Encore faut-il mobiliser les ressources viables (capital humain et financier) pour démasquer, à la fois, les opportunités et les risques comme dans les années 1930-1940 avec les premiers ordinateurs. Dans cette même veine, comme nous le mentionnions ci-dessus, l’arrivée de ChatGPT a joué ce rôle de catalyseur pour l’adoption de l’IA et sa vulgarisation révolutionnaire au sein des organisations privées et publiques. L’utilisation de ces encodeurs-décodeurs, plutôt accessibles, a facilité la vie de ceux avec quelques notions de base en matière de performance et productivité.

Quel que soit le cas, les résultats après leur apparition en Afrique ne se sont pas fait attendre et nous verrons en aval que le positionnement de l’Afrique n’est pas en retard, d’un point de vue plutôt « sine pudore » dans cette nouvelle ère, mais pourrait bien le devenir, si les enjeux ne sont pas démasqués in situ ; et de dire que chaque heure qui passe, ce sont des « kilomètres carrés » perdus dans le cyberespace par un Etat sans stratégie politique pour l’IA, face aux géants numériques et Etats munis d’une feuille de route précise, limpide et ambitieuse.

Un sursaut décontenancé face aux réalités et perspectives de la course, Pas forcément un retard !

Depuis une vingtaine d’année aujourd’hui, l’IA est restée une technologie hors de portée or, la révolution est en marche depuis près d’un demi-siècle. La défaite de Lee Sedol par AlphaGo en 2016 grâce aux réseaux de neurones appelés deep Q-networks (une technique d’apprentissage par renforcement – Deep learning de Yann Le Cun) a en quelque sorte été la ligne de départ de cette course au 21e siècle. Pour son développement, il est impossible de s’abstraire du rôle précurseur des GAFAM, obsédés par la confrontation intelligence humaine versus intelligence artificielle. Loin d’être dans l’atermoiement, l’Afrique est un acteur dynamique et prometteur dans cette rupture technologique, quasi transformée en révolution, puisqu’elle tire aujourd’hui son épingle du jeu dans certains segments (fintech) depuis au moins une décennie.

Dans cette course effrénée, l’Afrique, souvent perçue comme un continent en quête de développement technologique, est en réalité aussi au cœur d’une révolution silencieuse mais puissante dans cette ruée numérique. Les initiatives se multiplient, démontrant une volonté par la multiplication de conférences sur le sujet, et une capacité avide à s’approprier cette technologie transformatrice, avant même le relais qu’a pris ChatGPT en 2022.

Au sein de cet univers triangulaire, il est nécessaire de comprendre les réalités au-delà des comparaisons avec les pays développés qui ont adopté leurs stratégies nationales pour l’IA (SNIA) avant la fin de 2020 en vue essentiellement de redéfinir ce qui serait un « retard » total.

Concrètement, les conférences internationales, telle que le 1er Forum sur l’intelligence artificielle qui a eu lieu du 12 au 13 décembre 2019 à Benguérir (Maroc) sur le continent organisé par l’UNESCO a surtout ouvert la voie politique pour ce champ de compétences permettant désormais de « marier » numérique et politique publique, demeure une des briques essentielles. Ces lieux de prise de parole, parfois pléthores, aident souvent à démystifier l’IA, lorsque de vrais cas d’usage remarquables et adaptés au contexte africain y sont présentés avec un panachage de réflexions éthiques et sociétales. Ces événements qui rassemblent des décideurs politiques, des startupeurs, des experts et des orateurs, parfois au détriment de développeurs qui détiennent les clés des « white box » ou « black box », ouvrent de manière inachevée un dialogue constructif ainsi qu’une vision partagée pour l’avenir de l’IA sur le continent.

Tout, aujourd’hui, dans l’essor de cette technologie, s’articule de fait sur la formation en intelligence artificielle tout secteur confondu et en ligne de mire, les cadres dirigeants des services de l’État et les chefs d’entreprises. Ceux des universités africaines sont en meilleure posture, notamment dans le privé, car ils établissent des partenariats stratégiques avec des institutions internationales pour favoriser l’échange des connaissances (cas d’usage, études scientifiques, POC, etc.). La formation continue des enseignants et chercheurs pour cette catégorie est par conséquent souvent avant-gardiste vis-à-vis de ceux du public, malgré leurs efforts, grâce à une immersion dans des chaires universitaires de pointe à l’étranger.

Fort du constat monolithique, plusieurs questions liées au développement numérique durable de l’Afrique nécessitent aussi d’intégrer de multiples savoirs, au vue de l’hétéroclité des points de vue et échelles d’observation, afin que les dynamiques globales des systèmes concernés soient dorénavant en partie repensées ; ne serait-ce que pour les framework scientifiques. Pour aller plus loin en terme d’exemple, la création de l’Unité de Modélisation Mathématique et Informatique des Systèmes Complexes (UMMISCO), qui est un environnement scientifique international mixte, et qui couvre au moins 3 pays africains (Maroc, Sénégal et Cameroun) sur les 7 organismes de recherche est un modèle de partenariat parmi tant d’autres à mettre en vitrine pour le segment de la recherche pour noyer le point de vue d’un retard absolu de l’Afrique en IA. Susurrer les avantages de ces collaborations, toutefois insuffisantes, dans des environnements parfois pollués par le Artificial Intelligence bashing, permet de recentrer l’orthodoxie dans ce versant.

Pour prêcher à des convaincus l’omniprésence de la formation en IA notamment sur des plateformes comme YouTube ou elementsofai.com (plateforme gratuite de formation IA finlandaise), témoigne davantage de l’accessibilité croissante de l’éducation dans ce domaine. A partir de webinaires (sont gratuits) aux cours en ligne IA, en passant par le financement de formations initiale et continue par certains bailleurs de fonds (AFD, GIZ, EUROPAID ou FCIL), il est clair que l’information sur l’acculturation, essentiellement, est à portée de clic ; permettant à un public toujours plus large de se former, de s’informer et de contribuer au décuplement de solutions intelligibles sur « l’étagère africaine ». Cette créativité sans frontières positionnera toujours l’Afrique comme un creuset de créativité où l’IA est envisagée comme un outil au service de l’humanité. Des projets tels que “Voix Intelligente d’Afrique”, qui saisit la diversité linguistique du continent à travers des podcasts IA ou encore la création de l’association à but non lucratif « 10 000 codeurs », donnent corps à cette approche innovante et inclusive. Ces exemples ne contrastant aucunement avec ce qui est fait ailleurs, il convient de valider, parcimonieusement, que l’Afrique n’est pas arriérée, mais partiellement déboussolée avec l’absence d’un grand nombre de stratégies nationales d’IA (SNIA) ou à l’échelle continentale. Celle de l’Union européenne existe depuis 2018, avec plusieurs volets de financements. L’exemple des 95,5 milliards d’euros de financements pour la recherche et le développement et l’innovation (R&D&I) via le programme HORIZON EUROPE, aujourd’hui dans sa 2e phase 2021-2027, parait comme un ajustement structurel à roder pour l’IA par les décideurs politiques, même avec des moyens financiers modestes.

Ayant flirté sommairement avec l’idée que l’Afrique n’est pas en retard pour la phase de prise de conscience du développement de l’IA, mais l’est dans plusieurs autres domaines pour ne citer que l’IA embarquée ou l’aspect législatif qui constituent des éléments fondamentaux pour le développement de l’écosystème entrepreneurial (PME ou ETI qui souhaiteraient s’implanter dans un environnement où les obligations légales sont établies). A l’instar des écueils que rencontrent aussi les premières puissances du cyberspace, l’Afrique forge son propre chemin dans cette course mondiale de l’IA, armée d’une résilience, souvent avec des moyens artisanaux et d’une ingéniosité qui lui sont propres pour se projeter prospectivement.

Les enjeux et obstacles seraient occultés dans l’essor de l’IA en Afrique

Dans la mesure où l’Afrique serait prête à porter les multiples économétries de l’IA : encapsuler le défi titanesque de la croissance démographique de sa population, qui était de 62 % sur la période de 2000 à 2022 alors que celle du reste du monde n’était qu’à 19 %, grâce à un large catalogue de formation en IA aura pour conséquence la dynamisation de son micromonde. Plusieurs pistes existent déjà dans ce champ, y compris pour les pays avec une SNIA mais sont des passerelles atrophiées. Il est à signaler que cet enjeu démographique est un atout stratégique hyper convoité par plusieurs pays développés (puissances du cyberespace) au gré d’un manque en ressources humaines en fort déclin. Entre autres rapports, celui du professeur Achille Mbembe dans : « Les nouvelles relations Afrique-France : relever ensemble des défis de demain », touche du doigt ces grandes tendances démographiques du continent. Les exemples pullulent et ce n’est que le début. Pour les pays africains, les enjeux et défis industriels et économiques, grâce aux apports de l’IA ne doivent être saisis en aval puisque l’IA est irréfutablement le game changer.

S’agissant de la géopolitique numérique, relativement, il convient de dire davantage que les Africains ne sont pas des mauvais élèves ni des meilleurs dans cette sphère. D’un point de vue alarmiste, si les révélations d’A.J. Tudesq dans « Les technologies de l’information, facteur d’inégalité en Afrique sub-saharienne » en 1994, lorsqu’il mettait déjà en évidence les dangers plausibles de voir l’Afrique marginalisée, isolée et « exclue » de la communauté informatique ou d’en subir de manière passive les courants dominants en absence d’orientations claires était intégrées, l’on serait moins circonspect aujourd’hui… Il n’y a donc pas de « solution magique » mais le pragmatisme veut que l’adoption de stratégies nationales pour l’intelligence artificielle (SNIA), comme l’ont fait le Canada en 2017, la France en 2018, la Chine en 2014, ou l’île-Maurice en 2018, serait l’ombre d’une réponse vraisemblable. Sur les 54 pays en Afrique peu ont engagé la réflexion d’élaborer une stratégie pour l’IA. Moins d’une quinzaine de pays (Maurice, Egypte, Tunisie, Kenya, Rwanda, Seychelles, Botswana, Bénin, Algérie, Sénégal, Ouganda, Côte d’Ivoire et Djibouti) ont une stratégie nationale pour l’IA. Là où de tels distinguos sont faits entre une stratégie pour l’IA et une stratégie pour le numérique, il en ressort que plusieurs pays ont une stratégie pour le numérique mais pas pour l’IA.

Pour ne pas dévoyer le sujet, ce vide politique en matière d’IA prédomine à tel point que plusieurs pays reposent sur des stratégies numériques pour développer un champ d’action à part entière qu’est l’IA. Des ministères de l’IA ont été créés dans certains pays, tout en maintenant des ministères du numérique qui assurent (en forme de proxy) la digitalisation et la numérisation. Schématiquement, les lois de Lanchester qui consistent à concentrer la totalité des forces sur un objectif défini, permettent de faire l’analogie que les pays africains pourraient stratégiquement se concentrer sur l’un des segments de l’IA (Traitement automatique du langage, les Systèmes prédictifs, l’Apprentissage automatique, l’Aide à la décision ou les Systèmes multiagents) avec des caps précis pour éviter de se disperser dans des rayons comme la Robotique qui nécessitent de gigantesques ressources.

Lire le tableau de bord d’industries locales (PME, ETI ou start-up) de l’IA ou de projets d’IA frugales ou embarquées démontrant une fonction de perte basse (principe de quantifier la performance de l’algorithme : une fonction de perte insignifiante signifie que la performance algorithmique est élevée) ainsi que les chaires universitaires IA pour chaque pays africain avec un caractère déterministe peut avoir du sens… Faire donc l’inventaire de cette insuffisance stratégique en matière d’IA, peut être une trajectoire vers un élément éminemment dynamique et agissant. De surcroît, une autre perspective serait le décollage technologique plus rapide, du plus grand nombre des pays africains simultanément, comme l’Asie l’a réussie au 20e siècle. L’enjeu ultime serait que l’Afrique ait les outils lui permettant de continuer à défendre ses intérêts. Comme l’accession de l’Union Africaine au G20, désormais « G21 », les exemples pour le domaine de l’IA sont multiples pour la quête de sa souveraineté numérique, tout en identifiant les angles d’alignement comme la formation de ses décideurs politiques, chefs d’entreprises et fonctionnaires. Ceux-ci conditionnent largement le succès et les « best practices » à adopter pour une IA au service des Africains. Ce qui serait relativement un positionnement fort et réel vers le concert des nations du cyberespace.

Ne faisons pas dans l’artificiel, adaptons-nous avec intelligence !

Derrière le lancement en fanfare et en tambours en novembre 2022 d’un démonstrateur extraordinairement sophistiqué d’un nouveau type d’agent conversationnel (chatbot), en l’occurrence ChatGPT, il serait de mauvaise foi de dire que la curiosité des Africains a été épargnée. Cette projection sans tremplin vers des applications concrètes utilisant un nouveau type de modèle de langage de programmation appelé les Large Language Models (LLM) marque cette transition sans précédent, notamment en termes d’interaction avec les moteurs de recherche. Cependant, jusqu’ici impensable, cette prouesse imparable a pu faire l’unanimité, même au sein des non acculturés, et certains clusters « d’IA sceptiques » et « d’IA inertes ».

Les technologies d’IA utilisées à cet effet par les acculturés pour la plupart sont nombreuses, et il convient de s’appesantir sur l’aspect juridique. C’est un secret de Polichinelle de dire que la nature a horreur du vide. Entretemps, l’absence de juridictions claires et applicables laisserait place, de fil en aiguille, à la délinquance cybernétique avec un grand nombre d’opportunistes délinquants vivant dans des « paradis de clandestins ». A tout ceci, certains Etats africains seront prêts adopter des « stratégies IA », pas loin de politiques de façades, en vue de promouvoir l’IA sans se munir de cadres juridiques clairs et adéquats pour la mise en œuvre de l’IA. Parallèlement, ces « stratégies » sans budgets ou clef de voûte permettant de cartographier les enjeux juridiques (les operational compliances) ou les chartes éthiques (passage du droit à la pratique) lors de la conception de POC (proof of concepts) et ensuite passer à la mise en service de technologies IA, risquent de ballotter entre capitulation (face aux risques) et déclassement. Souvent galvanisés par l’ambition de figurer au top rang des classements convoités d’Oxford Insight AI Readiness Index en guise de couronnement de leur leitmotiv, force est de reconnaître que cette tendance serait contreproductive. Mettre en garde contre un tel fléau qui relève du saupoudrage s’avère peu ou prou préoccupant. Bien entendu, ces « mesurettes » politiques pourraient entraîner un gaspillage de ressources et une adoption très superficielle et lacunaire de l’IA, avec un gros impact irréel sur le développement des Africains. De plus, la présence des « imposteurs » prendrait de l’ampleur notamment pour ceux qui prétendraient maîtriser les rouages de l’IA, sans avoir de formation ou de compétences scientifiques vérifiables (si l’on s’en tient aux sommes faramineuses d’offres de formation IA). Un tel acte peut induire en erreur et compromettre la chaîne de valeurs déjà fragile (le volet formation) ou même la qualité de projets en IA. Loin de prôner un tel gloubi-boulga technologique, la simplicité à décrire l’IA sans recours aux connaissances ontologiques abyssales ou mathématiques, ou encore le fait que l’IA ne soit pas une discipline académique expliquent la surabondance, en si peu de temps, d’orateurs « très talentueux » du domaine. Le risque de telles postures regorge sur l’absence de comportements sagaces, notamment envers la complexité des étapes de mise en œuvre de projets IA où l’expert aura plutôt en revanche recours à la recherche opérationnelle (R.O), à l’heure où l’IA de confiance est la priorité de tous. Le cas particulier de jeunes autodidactes ou de la catégorie de prêchi-prêcha, ayant une forte appétence pour l’IA pourrait être bifurqué en atout stratégique, si des formations personnalisées en suivent…

Dans une configuration semblable, un autre cas de figure préoccupant est le risque réel que l’enthousiasme et l’obsession pour l’IA, entraînant une concentration excessive de ressources et de talents uniquement dans la trajectoire IA, au détriment de secteurs vitaux tels que l’agriculture, le maintien de l’ordre, l’économie ou même l’enseignement. L’Afrique, avec sa grande dépendance aux intrants agricoles pour la sécurité alimentaire et l’emploi devra veiller à former des professionnels dans ce versant, tout en explorant les apports considérables de l’IA. Une approche équilibrée, holistique et heuristique garantirait que l’IA complète et améliore la productivité (vitesse et précision) d’industries existantes, plutôt que de les remplacer sans planification adéquate. Dans Sans principe de répartition stratégique et équitable de ressources humaines, c’est à ce niveau que nous situons l’avènement d’un « grand remplacement numérique », construit d’une génération fascinée et façonnée de plus en plus par l’IA. Pour nous, l’altercation « IA-humain » tant vilipendée ou elle s’accapare entièrement des métiers humains, ne constitue en rien de ce que Ray Kurzweil prédit pour l’horizon 2045 : l’IA forte ou la singularité technologique.

L’homo analyticus est au défi

A l’aune de cette nouvelle ère qui se profile pour les Africains et qui pourrait potentiellement alléger leur travaux fastidieux en les rendant davantage productifs, mieux outillés en IA ; permettant à l’Afrique, objectivement, de s’approprier sa place dans le cyberespace, il n’y a aucun doute qu’elle serait avant-gardiste, performante et prospère en 2050, si les domaines importants en IA sont vites intégrés dans les plans structurels de développement. Très éloignée d’un rasoir d’Occam, il est certain que la transition technologique déjà enclenchée va beaucoup plus être rapide que les autres technologies. Certes, l’IA s’affranchit au fur et à mesure comme une simple option mais une priorité, car elle s’impose comme les autres technologies qui la précèdent, et sera plus impactante avec un nerf d’un nouvel ordre de magnitude.

L’ère du Big Data est une source de développement incomparable, voire providentielle pour l’Afrique surtout qu’il faudra laisser s’exprimer à la fois avec dextérité et austérité (lois et éthique). Le vieux continent se trouve à un carrefour décisif dans le domaine du développement des technologies de la donnée, nonobstant d’un « talon d’Achille » comme tous les autres continents. Cette technologie n’est pas en retard dans certains segments (car ils sont étendus) sur le continent mais le serait, si les défis et obstacles ne sont pas identifiés et surmontés avec diligence. D’ici 2030, il est impératif que les décideurs politiques intègrent cette vision prospective, qui non seulement reconnaît les enjeux et menaces de l’IA à juste titre dès 2024, mais qui propose également des stratégies IA concrètes comme chevaux de bataille pour les tronquer.

L’heure n’est pas à l’hyperthymésie. Les acteurs stratégiques ainsi que l’ensemble des forces vives de ce secteur en Afrique doivent être formés perpétuellement à la compréhension (adoption du vocabulaire pour mieux discuter et négocier des contrats avec les GAFAM) et l’utilisation responsable de l’IA, pour qu’elle puisse servir comme vecteur de cohésion sociale au désavantage d’un clivage belliqueux par manque de diversité (formation d’ingénieurs et développeurs Hommes et Femmes). Les réglementations actuelles insuffisantes et peu ciblées, doivent être renforcées pour encadrer l’accessibilité, l’accélération et l’implémentation de l’IA dans les sociétés africaines, tout en veillant à ce que l’IA bénéficie à tous, et protège les acquis fondamentaux notamment lors du traitement des données à caractère personnel (données d’entraînement et données de test) ou encore en prélude d’un compromis underfitting/overfitting avec de données open source. L’Afrique a l’opportunité de modeler son avenir technologique de façon nec plus ultra, et de devenir un acteur clé sur la scène mondiale de l’IA. Pour cela, elle doit agir maintenant, en investissant dans la formation, la recherche et le développement et l’innovation (R&D&I), tout en établissant des partenariats stratégiques internationaux (à valeur ajoutée) et en phase avec les idéologies politiques de chaque Etat. En prenant les mesures nécessaires aujourd’hui, l’Afrique peut s’assurer d’un développement harmonieux et inclusif en IA, propice à la prospérité et au bien-être de ses peuples. A court ou à moyen terme, cet ensemble de mesure est le point de convergence de l’IA et manifestement la vision analytique que nous partageons et souhaitions qu’elle soit intégrée par une majorité pour un accroissement de richesse, au risque cependant qu’elle ne profite qu’à une poignée de personnes ou d’acteurs de l’écosystème tech bien informée. C’est bien ça notre homo analyticus !

Thierry Roland Tabi Agbor [1]

(Source : WeAreTechAfrica, 8 mai 2024)

[1] doctorant en Intelligence Artificielle au LIP6 à l’Université Paris-Sorbonne et par ailleurs chercheur et chef de mission au sein du Think Do Tank The Okwelians

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