Aurélie Adam Soulé : « L’Afrique doit continuer de bâtir des compétences »

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Ministre du Numérique et de la Digitalisation, Aurélie Adam Soulé était présente au Mobile World Congress (MWC) à Barcelone (du 27 février au 02 mars 2023). Elle a évoqué les grands défis qui attendent l’Afrique en matière de numérique. Portant une attention particulière aux besoins des populations, elle estime que l’innovation doit répondre aux réalités. Entretien.

AITN – Bonjour Madame la ministre, vous êtes présente au MWC, quel est l’objectif de votre participation ?

Aurélie Adam Soulé – Le MWC est un événement important où il faut être. Nous y rencontrons le secteur du mobile, le secteur sanitaire, le secteur de l’innovation, le secteur de la tech. Nous ne pouvions pas le rater. D’autant plus que nous sommes intervenants sur le thème des révolutions technologiques au niveau des infrastructures. C’est important de venir s’imprégner des évolutions, de voir des démonstrations, d’échanger sur l’écosystème des technologies.

En voyant toutes ces technologies exposées, le constat est qu’il existe un gap encore considérable entre certaines nations et l’Afrique. Qu’est-ce qu’il faut faire rapidement, selon vous, pour essayer de résorber ce retard ?

Je ne suis pas de cet avis. Je ne dirais pas qu’il y a un gap. Je dirais que l’Afrique est en train de connaître son évolution numérique, avec des réalités et des contraintes qui sont les nôtres. Et qui sont liées au fait que nous n’avons pas d’industries. Donc évidemment, il faut aller voir là où se produisent les innovations, avoir son opinion d’une part, et justement ne pas déployer des choses qui n’ont aucun rapport avec nos réalités. Nous connaissons nos besoins. Nous allons voir tout ce qui peut répondre à ces besoins, puis prendre des décisions et bien informer. Je n’ai pas le sentiment que nous sommes particulièrement à la traîne. Nous devons décider parmi toutes ces technologies, lesquelles nous devons choisir. Dans le cas du Bénin, par exemple, nous avons opéré des innovations depuis quatre années maintenant sur tous les secteurs, sur tous les plans. Nous avons déployé la 3G et la 4G. Et nous sommes en train de regarder justement quelles sont les meilleures façons d’aller vers la 5G. Nous devons nous poser la question à savoir, et c’est l’intérêt de venir à ce forum où la 6G a été évoquée, si la 5G c’est un pont ou bien une destination ou un jalon pour passer à la 6G ? Ce sont autant de questions sur lesquelles l’Afrique en général, particulièrement un pays comme le Bénin, doit avoir également des idées claires, pour prendre des décisions et y faire face. Donc nous pouvons voir les technologies proposées pour ces deux générations (la 5G ou la 6G) dont nous avons commencé à parler cette année. Il est important de ne pas prendre des décisions basées uniquement sur des tendances, mais de faire des choix en tenant compte, comme je le disais, des contraintes. L’une des contraintes reste le financement. À quoi ça sert d’avoir des services si les gens ne peuvent pas se les payer ? Il faut que nous trouvions des solutions technologiques qui soient rationnelles en termes de financement. Nous échangeons sur ces questions lors de panels. Sur le BtoB aussi, il y a des enjeux que nous comprenons et nous devons aussi faire passer les messages aux institutions internationales et leur expliquer que l’Afrique a besoin d’investissements soutenables pour permettre à ses entreprises de réussir. Voilà autant d’enjeux pour lesquels un forum comme le MWC est le bienvenu.

Au-delà des États, y a-t-il un rôle à jouer par les opérateurs et les équipementiers pour aller dans la transformation numérique ?

Ce sont les acteurs principaux d’ailleurs. Ce sont les opérateurs qui déploient et ce sont les opérateurs qui proposent des solutions. C’est vrai que les gouvernements n’ont pas vraiment une logique d’imposition technologique. Au Bénin, nous sommes un pays où les instances technologiques sont neutres. Nous savons que c’est la bonne pratique, c’est ce qu’il faut faire. Mais cela n’empêche que chaque technologie a ses limites et donc il est important de rechercher un mixte technologique. C’est le rôle de l’État de ne laisser personne derrière. L’État doit montrer cette conviction : la technologie doit être au service des populations. L’État doit amener les équipementiers et les opérateurs à construire des solutions technologiques dans ce sens-là. Les équipementiers et les opérateurs font des choix techniques et technologiques d’architecture. In fine, il est de notre responsabilité de comprendre les technologies, de s’assurer des besoins des populations et de pouvoir challenger les opérateurs et les équipementiers afin d’aider la population dans les meilleures conditions.

Les startups demeurent aussi des acteurs dynamiques, les accompagnez-vous ?

Les startups, dans tous les secteurs (fintech, le service au gouvernement, le service aux entreprises, etc.), sont des acteurs importants aujourd’hui dans l’ère de la convergence des services. Donc bien entendu, ces acteurs-là ne peuvent être séparés de l’aspect télécom pur, infrastructures et consorts, puisque nous savons que les plateformes, les applications constituent la dernière brique. Nous avons vu ici des plateformes et des acteurs qui sont dans la création. Au Bénin également, l’écosystème est en place pour justement proposer plusieurs types de service. Nous allons continuer de travailler ensemble pour rester dans une bonne dynamique.

Quel est votre mot de la fin ?

Premièrement, j’aimerais dire, pour terminer, que c’est très important que les acteurs qui financent soutiennent un modèle de financement soutenable. Les infrastructures nécessitent beaucoup de capital. Et donc plus c’est cher, plus les services deviennent chers aussi. Et deuxièmement, les compétences. Nous avons besoin, en Afrique, d’expertise et donc de compétences. Nous devons travailler là-dessus. Nous avons aussi besoin de soutien à ​​ce niveau. Les gouvernements et les États en sont déjà conscients, comme c’est le cas au Bénin. Nous devons continuer de bâtir des compétences. Sur l’intelligence artificielle, par exemple, j’étais présente hier (ndlr : l’entretien a eu lieu le mercredi 01 mars 2023) lors d’une table ronde et j’ai pu constater que parmi les pays qui veulent construire dans ce secteur, l’Afrique n’est pas vraiment très représentée par rapport aux pays européens, asiatiques, etc. Le Bénin que j’ai représenté était le seul pays africain présent. Or, ce sont des thématiques centrales qui ne sont pas loin de nos préoccupations. Nous aurions tort de penser que cela n’a rien à voir avec l’Afrique. Donc il faut que nous préparions notre jeunesse, nos pays à ces transformations qui sont déjà en cours. Et ne pas se dire qu’il y a des choses dont nous sommes éloignés, en termes de numérique, en termes d’évolution et d’innovation.

Propos recueillis par Abdoulaye Sène

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