Ange Kacou Diagou : « La sécurité est dans l’ADN de New Digital Africa »

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Ange Kacou Diagou : « La sécurité est dans l’ADN de New Digital Africa »

Après avoir créé et incubé son entreprise NSIA Technologies au sein du groupe NSIA, Ange Kacou Diagou est sorti du giron familial et gère aujourd’hui New Digital Africa (NDA), l’un des rares fournisseurs de services et infrastructures de datacenters, télécom, cloud et cybersécurité, 100 % africain. Quelle stratégie adopter face aux géants du secteur ? Entretien.

La Tribune Afrique : Ange Kacou Diagou, vous êtes l’héritier d’une holding leader dans le secteur des assurances en Afrique, de quelle façon votre parcours vous a-t-il conduit à travailler dans l’IT ?

Ange Kacou Diagou : J’y suis arrivé par les études. J’ai d’abord obtenu un Bachelor en administration des affaires – système d’Information (UQAM) puis un master en Technologie de l’information à l’Ecole de technologie supérieure (ETS) au Canada. L’IT était un choix personnel et stratégique. J’ai commencé ma carrière professionnelle au sein du groupe ETISALAT, à Moov Bénin (ex Télécel Bénin) où j’étais en charge des projets informatiques, de la qualité du réseau et je m’occupais également de l’interface entre les directions technique et commerciale. J’ai ensuite intégré Moov Côte d’Ivoire comme Chef de projet informatique. J’ai poursuivi des fonctions plus ou moins similaires, mais cette fois-ci à la Direction des systèmes d’Information (DSI) du groupe Teyliom.

Après ces premières expériences, vous décidez de rejoindre le groupe familial NSIA. Que faisiez-vous au sein de la holding ?

En 2009, j’ai rejoint NSIA comme Project Management Officer, avec pour mission de garantir le succès de l’ensemble des projets du groupe. Fin octobre 2010, j’ai également pris la direction des systèmes d’information du groupe qui cherchait à se doter de son propre logiciel d’assurance et à moderniser son infrastructure informatique. Nous avons mené un grand projet de réorganisation interne et de mutualisation des ressources, car, de 1995 à 2010, chaque structure du groupe disposait de son propre système d’information, avec son corollaire de dysfonctionnements. En 2012, le conseil d’administration a pris la décision d’externaliser la DSI de la holding, et a créé une entité informatique dédiée aux filiales du groupe, un centre de services partagés appelé NSIA Technologies.

De quelle façon NSIA Technologies s’est-elle finalement muée en New Digital Africa ?

Depuis 2014, nous délivrions des prestations en dehors du groupe NSIA, de façon à rentabiliser nos infrastructures IT. La première année, nous réalisons environ 10% de notre chiffre d’affaires hors du groupe. L’année suivante, il représentait 20 %, et au début 2017 il s’élevait à 35 %. En chiffres, nous avons commencé à 1,5 milliard de francs CFA en 2012 et nous sommes arrivés à 5 milliards trois ans plus tard, avec 35 % de notre CA réalisé en dehors du groupe.

Notre modèle économique ayant évolué de centre de services partagés à compétiteur sur le marché, à partir de 2018, le conseil d’administration a décidé d’engager un processus de transformation de l’activité technologique du groupe NSIA, qui s’est matérialisé par la mise en place de joint-ventures et qui s’est soldé par le rachat de NSIA Technologies par son management deux ans plus tard. La société a ensuite été rebaptisée New Digital Africa (NDA).

En substance, que représente New Digital Africa (NDA) et quels services proposez-vous ?

NDA couvre l’ensemble de la chaîne des valeurs du digital, en délivrant des solutions de classe internationale, en infrastructures et en services, télécom, datacenters, cloud & cybersécurité, logiciels métiers et « On-demand services ». Nous offrons des solutions sur-mesure aux entreprises, peu importe leur taille, qu’il s’agisse de groupes nationaux, de multinationales ou de PME. En 2022, nous avons atteint 8,8 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires soit une progression de 57% par rapport à 2021. Nous sommes désormais 170 collaborateurs répartis dans une quinzaine de structures. Nous sommes présents en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Burkina Faso.

Quelle est la valeur ajoutée que vous apportent les certifications ISO 27001 et PCI-DSS récemment obtenues par les filiales du groupe NDA ?

La sécurité est dans l’ADN de New Digital Africa. Dans les métiers du digital, la concurrence est mondiale. Il n’y a plus de frontière. Dans notre programme d’excellence opérationnelle, nous avons choisi de certifier nos infrastructures et nos services (télécoms, datacenter, cloud) aux standards internationaux ISO/EIC 27001 – Système de gestion de la sécurité de l’information (Information Security Management System) et PCI-DSS – Payment Card Industry Data Security Standard. La garantie de sécurité est la première exigence du client envers tout fournisseur de services technologiques.

Quelles sont vos perspectives de développement régional ?

Nous sommes en plein processus de renforcement de nos positions dans les 3 pays où nous sommes présents. Nous étudions des partenariats stratégiques et financiers pour accélérer le développement régional de nos activités sur 8 nouvelles géographies en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Nous voulons être présents dans une dizaine de pays d’Afrique francophone à l’horizon 2027 : au Sénégal, au Cameroun, au Togo, au Mali, au Gabon, au Congo, en Guinée et en République Démocratique du Congo (RDC).

La question des infrastructures reste le nerf de la guerre numérique : comment se comporte le marché sur le continent ?

De nouveaux câbles sous-marins se connectent au continent africain et cette tendance se poursuit à marche forcée. Nous avons vu récemment atterrir sur les côtes africaines 2Africa- Facebook (45 000 km / 180T) et Equiano – Google (15 000 km / 144T) pour améliorer la connectivité entre l’Afrique et le reste du monde. Les infrastructures datacenter et télécoms se développent rapidement avec la mise en œuvre de grands projets gouvernementaux, l’émergence d’opérateurs africains et le déploiement de leaders internationaux sur le continent. La migration vers le cloud a enregistré une belle progression et s’il a d’abord profité aux clouds publics internationaux, le renforcement du cadre légal relatif à la souveraineté des données des citoyens africains favorise également le déploiement des acteurs locaux.

De quelle façon progresse la réglementation numérique en Afrique ?

De nouveaux dispositifs réglementaires apparaissent en matière de protection des données à caractère personnel à l’image du RGPD (règlement général sur la protection des données) qui favorise le développement de l’activité du cloud souverain en Europe. C’est le RGPD qui a poussé les GAFAM à héberger les données des citoyens européens hors des Etats-Unis ces dix dernières années. Mieux encore, le référentiel SecNumCloud, pour les prestataires de services cloud élaboré par l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information) en France, bouscule le paysage de l’économie numérique. Des alliances voient le jour, entre des acteurs internationaux et des leaders français.

Sur le continent, les leaders internationaux du cloud ont commencé à déployer leurs infrastructures depuis quelques années. C’est par le renforcement de la réglementation que l’Afrique parviendra à atteindre sa souveraineté numérique. Cette réglementation s’accélère sur fond de cybercriminalité, car le renforcement de la connectivité s’accompagne de nouvelles voies d’accès pour les criminels du web. Ce risque évolue de manière fulgurante et la valeur des préjudices liés à la cybercriminalité dépasse le milliard de dollars sur le continent (selon le rapport de Kaspersky, la cybercriminalité a impacté le produit intérieur brut (PIB) africain de plus de 10 % l’an dernier, pour un coût de 4,12 milliards de dollars environ, ndlr).

Marie-France Réveillard

(Source : La Tribune Afrique, 3 février 2023)

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